Words By
Rob Greenwood

Le Totem Pole défie les superlatifs autant que les éléments. S’il y a un élément qui n’aurait jamais dû exister : c’est bien celui-là. Faisant 60 m de haut et 4 m de large, ce grand monolithe semble mettre au défi la mer déchaînée qui l’entoure. Pourtant, il est bel et bien là. Fier, grand et improbable, il représente un défi pour tout grimpeur sur rochers qui se respecte, qui aime l’aventure et qui a du cran.

« Les temps changent et les choses évoluent, et d’une certaine manière, comme beaucoup d’autres voies que je pensais impossibles, l’improbable s’est, en quelque sorte transformé en… étonnamment probable »

J’ai connu le Totem Pole pour la première fois il y a 10 ans, en lisant la deuxième autobiographie de Paul Pritchard. Il raconte qu’après avoir gagné le Prix Boardman Tasker pour la littérature de montagne (Boardman Tasker Prize for Mountain Literature), Paul a acheté un billet « tour du monde » pour visiter, entre autres, la Tasmanie, où se trouve le Totem Pole. Malheureusement, ce qui a suivi a pris des proportions démesurées : un rocher de la taille d’une télévision s’est détaché du Totem Pole et a atterri directement sur sa tête. Le Totem Pole étant situé au milieu d’une chaîne de montagnes, difficile d’accès (à une heure et demie de marche de toute civilisation, cela va sans dire), le secourir a été très compliqué : c’est sa partenaire d’escalade Celia Bull notamment qui s’en est chargée. Celia lui a sauvé la vie, mais l’impact a laissé des traces sur Paul. Il raconte dans la suite de son livre les conséquences de cet accident, mais aussi les séquelles qui ont suivi et son long chemin vers la guérison (« The Longest Climb (La montée la plus longue) »). Cette histoire a fait naître la réputation du Totem Pole : ce monolithe, en forme de totem, s’élevant au-dessus d’une mer agressive, était devenu un symbole d’aventures et de difficultés.

À l’époque je n’avais pas envisagé de tenter son ascension : sa difficulté se trouvait à des années lumières du type de voies que j’escaladais et sa réputation l’éloignait encore plus de moi. Les temps changent et les choses évoluent, et d’une certaine manière, comme beaucoup d’autres voies que je pensais impossibles, l’improbable s’est, en quelque sorte transformé en… étonnamment probable. Donc, en décembre 2016, j’ai pris place dans un vol pour la Tasmanie, afin de reproduire le rêve de Paul Pritchard, mais avec l’espoir de réussir cette ascension, sans accident.

Pour accéder au Totem Pole, il faut d’abord se rendre à l’extrémité sud de la Tasmanie, dans une zone, connue sous le nom de « péninsule de Tasman ». La zone est bien connue pour ses variations climatiques, mais aussi pour ses vents violents et ses eaux très agitées. Depuis Fortescue Bay, cette zone se trouve à une heure et demie environ du point de vue, situé juste au-dessus du Totem Pole et de son voisin, le « Candlestick », une roche en forme de chandelle. Ce dernier est un sommet qui vaut vraiment le détour : il se trouve qu’il est plus facile que le Totem Pole, bien que moins facile d’accès (il faut nager pour y accéder !). De là, vous pouvez descendre jusqu’à la base pour vous équiper et vous rendre compte de ce dans quoi vous êtes sur le point de mettre les pieds. Au risque de me répéter : il fait 60 m de haut et 4 m de large. 4… mètres… de large… est-ce la barrière psychologique à partir de laquelle un individu sain d’esprit commence à se demander si c’est vraiment une bonne idée ?

Bien que plusieurs voies soient possibles sur le Totem Pole, la plus populaire d’entre elles reste un mélange des voies « Deep Play (Jeu d’enfer) » et « Free Route (Route libre) ». Pour ce qui est de la difficulté, il est noté à hauteur de 25 en Australie, ce qui équivaut à peu près à un E5 au Royaume-Uni, ou, si vous êtes vraiment en forme, un 7a+, en France. En réalité, c’est cette dernière note qui a le plus de sens, puisque la voie se fait à 85 % à l’aide de chevilles, avec uniquement du matériel d’escalade traditionnelle, quand c’est possible (ce qui, par chance, correspond aux passages les plus faciles !). Pour ce qui est du style d’escalade, le Totem Pole est vraiment très spécial : il commence par un fantastique versant d’escalade sans relief et très technique, pour ensuite se transformer en une superbe arête à faire pâlir tout grimpeur accro aux murs de grès. Il est très rare que ces deux configurations se rencontrent, mais c’est le cas ici et, mon dieu, quelle combinaison !

La première difficulté consiste à parvenir jusqu’au pilier, ce qui est plus facile à dire qu’à faire à cause de sa situation, au milieu de la chaîne de montagnes. Après une descente en rappel sur le côté adjacent de la roche creusée par l’érosion, il faut prendre assez d’élan pour pouvoir rejoindre la base de la voie et attacher une double plaquette. C’est à ce niveau-là que vous êtes le plus exposé à la mer : la mer houleuse est connue pour avoir emporté avec elle un nombre incalculable d’assureurs. Ce dont je suis sûr c’est que cela ne facilite pas vraiment l’ascension du Totem. Les marées ne sont pas mesurables en Tasmanie, contrairement à la houle. Ainsi, si vous souhaitez grimper dans cette zone, vous devrez surveiller l’état de la mer, afin de vous assurer que vous progressez en toute sécurité.

Le début de la voie « Jeu d’enfer » est vraiment effrayant, ne serait-ce que parce qu’elle est très proche de la mer et que vous ne voulez surtout pas qu’elle vous engloutisse. Par chance, un peu plus loin, une protection est accessible, mais l’ascension devient rapidement plus difficile par la suite, avec quelques passages difficiles qui mènent finalement à des zones plus faciles et à la corniche parfaite : le calme avant la tempête.

Produits utilisés dans ce Summit Special (Sommet spécial)

La deuxième longueur est une arête étonnamment longue. Ce qui est remarquable sur cette longueur en particulier, comme je l’ai mentionné un peu plus haut, c’est qu’elle est composée à la fois de corniches parfaites et d’une arête impeccable. Les longueurs suivantes font indubitablement partie des plus belles que je n’ai jamais grimpées. Une fois en haut, vous trouvez une autre corniche, puis une petite fissure, qui vous mène jusqu’au sommet. Être tout en haut du Totem Pole est une expérience surréaliste, puisque de là, vous vous rendez vraiment compte de l’étroitesse du pilier que vous venez d’escalader. Cette pensée effrayante précède une partie vraiment amusante : la tyrolienne ! Et puisque des images valent toujours mieux que des mots, je vous laisse visionner cette vidéo qui parle d’elle-même !

Pour conclure

Voilà donc quelques informations sur le Totem Pole, son histoire et comment l’escalader. Si vous êtes basé au Royaume-Uni, vous vous trouvez malheureusement un peu loin, mais, je peux vous assurer que vous ne regretterez pas les kilomètres parcourus. Si après avoir lu ce petit texte, vous avez envie de planifier un voyage là-bas, la meilleure période pour vous y rendre est entre décembre et avril. Nous y sommes allés au moment des fêtes, en nous disant que le Totem Pole serait notre cadeau de Noël, mais, au final, nous y avons célébré la nouvelle année. Pour plus d’informations sur l’escalade en Tasmanie, vous pouvez lire l’article d’UKC Destination (Destination UKC (escalade au Royaume-Uni) ici

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Summit Special

Triglav

Rob is an active climber, runner and mountaineer based in Sheffield, South Yorkshire. He is the Advertising Manager for UK Climbing and has previously worked at DMM and Joe Browns climbing shop in Llanberis.