« Quoi ?! Tu fais ça avec ta mère ? » Les gens s’exclamaient, incrédules. « Une traversée en ski de la chaîne côtière en six mois ? Mais, elle n’a pas 60 ans ? ». Ce à quoi je répondais : « Si, et si. »

J’ai choisi ma mère plutôt que n’importe qui d’autre pour de nombreuses raisons : son expérience des activités physiques, son optimisme et la certitude absolue que si j’avais la chance de réaliser un défi pareil, ce serait avec elle. C’est vrai, nous ne sommes pas toutes jeunes et ne sommes pas non plus des amatrices de boissons énergétiques ou le type de sportives un peu égocentriques que vous imagineriez relever ce genre de grand défi. Pourtant, nous avions un rêve et la ferme intention d’essayer de le réaliser coûte que coûte. Après une année et demie de préparation à cartographier le parcours, faire sécher de la nourriture et prévoir une logistique presque impossible, nous avons, enfin, posé un pied sur une montagne : le premier d’une très, très longue série.

Ma mère n’est pas une maman comme les autres. C’est la personne la plus forte et résistante que je connaisse. J’ai rapidement découvert que c’était quelqu’un d’extrêmement joyeux et positif dans les situations les plus horribles : ce qui est, en quelque sorte, à la fois terriblement agaçant et irrésistiblement amusant. Il y a eu la fois où nous avons passé deux jours entiers à chercher de la nourriture sur une crevasse recouverte de glace, par endroits.

La seule chose à laquelle j’arrivais à penser, c’était à quel point j’avais faim et combien je me sentais pitoyable. Je pensais aussi au pire qui pourrait nous arriver si nous ne trouvions jamais de nourriture (ce qui n’est pas arrivé). Pendant ce temps, elle se tournait vers moi et me montrait la beauté des branches en forme d’étoiles des nouveaux flocons posés sur sa manche. Ou encore, alors que je n’en pouvais plus, au beau milieu d’une énième journée de marche dans une forêt d’aulnes et de petites pruches, elle se tournait vers moi, avec un grand sourire, et me montrait quelques grosses mésanges adorables qui piaillaient non loin de là. Je la surprenais parfois en train d’enlacer des épicéas, alors que l’on traversait silencieusement des forêts ancestrales, en ski. Péter dans la tente était une grande source de divertissement. Elle est impossible, hilarante et presque inarrêtable, ma mère.

C’est cet optimisme constant et la ferme conviction que nous pouvions réussir cette expédition, qui a énormément contribué à notre succès final. Quand je dis succès, je ne parle pas du fait d’atteindre le but que nous nous étions fixé au départ : la traversée de toute la chaîne côtière. Parce que ce n’est pas ce que l’on a fait. Le facteur le plus important dans ce succès a été le niveau très bas des neiges, cette année-là, dans les latitudes nord. Alors que nous avons supporté des périodes de froid intense et des pluies qui ont duré des mois entiers, dans la partie sud des montagnes, le nord de la Colombie-Britannique et de l’Alaska n’avaient qu’un tiers de leur niveau de neige habituel, à l’arrivée du printemps.

Produits utilisés dans la traversée épique de Martina

Pour que cette expédition reste une traversée en ski et non une traversée-à-la-marche-en-portant-ses-skis, nous avons dû éviter quelques sections basses. Notre vrai succès, nous le devons à notre capacité à faire de notre mieux, chaque jour (tout en évitant de se blesser ou de tomber malade).

Il est tellement facile de mourir là-bas, que l’on avait l’impression de mériter une médaille juste pour y avoir survécu. Les pilotes qui venaient nous déposer de la nourriture nous disaient presque toujours : « Vous avez toujours bonne mine… ? » Je pense qu’ils s’attendaient à nous voir pleines de gelures avec des doigts manquants, un orteil noir et les lèvres gercées jusqu’au sang. Ou au moins en train de boitiller à cause d’une ampoule ou autre…

Pour plus d’informations sur l’aventure épique de Martina et Tania, rendez-vous sur leur site internet ici. Si vous avez aimé cette histoire, alors ne ratez pas la deuxième partie, la semaine prochaine !

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Patrouilleuse de ski dans 5 stations différentes, guide de catski, nivologue et motoneigiste passionnée : autant de métiers que Martina a exercés dans le milieu des sports d’hiver. Martina a dû faire appel à son expérience lorsqu’elle a parcouru la chaîne Côtière de la C.B sur 2 300 km, avec sa mère.